Voici la petite histoire.
La semaine dernière, je m’en vais, comme toujours, prendre le bus. On est le deuxième dimanche de décembre. Le temps des fêtes a débuté. Normalement, les autobus sont à l’heure le dimanche. Nous ne sommes pas en semaine, donc le traffic est resté chez-lui. Toutefois, le bus est en retard. Le froid se fait sentir cinq, dix, puis quinze minutes. Je m’empresse donc de diriger ma carcasse congelée vers le métro.
Arrivé au métro, un message se fait entendre. “Une intervention des ambulancier provoque une coupure de service entre les stations Montmorency et Crémazie. D’autres messages suivront.” La pensée qui me vient à l’esprit: “Un autre taouin s’est jeté devant le métro, y’avait pas autre chose à faire qu’à me faire ch*** ce gars-là? J’ai pas juste ça à faire.” Puis je me demande pourquoi tous les quais ne sont pas construits comme l’une des stations sur la ligne bleu, avec un mur de vitre et des portes coulissantes en face des portes de métro. Vous voyez ce que je veux dire? Ça règlerait le problème. “Pourquoi personne n’y a pensé avant moi, il aurait justement pas pu se jeter sur la ligne bleu ce gars là ?”, que je me dis finalement.
Vous savez, mon bus se trouve parallèle à la ligne orange. Lorsque celle-ci est bloqué, nul besoin d’attendre le bus puisqu’il arrive en retard et bondé, souvent de banlieusards, peu importe le sens. Esseyez, vous, de faire rentrer 15 voitures de métros dans un bus pour voir. Cet évènement m’arrivait pour la deuxième ou troisième fois en deux semaines. Il fait tellement froid par les temps qui courent que marcher devient laborieux autant par ses effets sur le corps que par les risques de dérapage sur les trottoirs enneigés. Attendons donc.
Concentré sur mon petit monde, j’étais en beau fusil. 30 minutes après, le métro reprend et la semaine suit son cours. Rien ne me permet de confirmer que l’intervention des ambulanciers était due à une tentative de suicide, mais si vous savez quel type d’intervention des ambulancier force toute une ligne de métro à s’arrêter, dites-moi le.
Voici donc ma réflexion. Partons du principe que c’est bel et bien une tentative de suicide. Si le gars était vraiment à bout, il aurait vraisemblement trouvé un autre moyen. Si c’est pas le métro, le train de banlieu, sinon un pont ou un viaduc. Peut-on décemment penser ériger des barrières de protection sur toutes les installations publiques? Probablement, mais ne fait-on pas que déplacer le problème? Quels seront les coûts pour ces protections? N’y aura-t-il pas toujours une méthode pour mettre fin à ses jours?
Le réel problème n’est donc toujours pas règler puisque ce n’est pas le retard du métro, on s’en fout finalement. Le problème, c’est cet personne pour laquelle la vie semblait tellement infernale que sa délivrance passait par l’achêvement de celle-ci. Le temps des fêtes est propice à ces “incidents” ou “évènements”.
À chaque année, plus d’une vingtaine de personnes tentent de mettre fin à leurs jours dans le métro de Montréal.
Moins d’une sur 4 réussi.
Les ambulanciers interviennent une centaine de fois.
Finalement, si on revient à ma problématique de départ, l’investissement en prévention du suicide améliorerait le transport en commun…
En attendant je ne sais pas pour vous, mais moi, à partir de maintenant, je vais me sentir un peu plus triste à chaque fois que mon métro va être en retard.
Pour en savoir plus:
Suicide dans le métro: un phénomène tabou, par Byan Myles, LE DEVOIR, 22 novembre 2005. http://www.ledevoir.com/2005/11/22/95774.html
Qui se tue dans le métro de Montréal ?, par Brian L. Mishara, site sante-sanitaire.org. http://www.securite-sanitaire.org/anciensite/suicide/montreal.htm
La STCUM s’associe à la Fondation québécoise des maladies mentales dans le cadre de la campagne “La dépression, c’est une maladie qui se soigne”, Société de Transport de Montréal, 6 septembre 2000. http://stcum.qc.ca/info/comm-00/co000906.htm
Suicide in the Montreal subway system : Characteristics of the victims, antecedents, and implications for prevention, par Brian L. Mishara, Canadian journal of psychiatry, 1999, vol. 44, no7, pp. 690-696.
Site web du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie: http://www.crise.ca/
Pour savoir quoi faire si vous voyez quelqu’un au comportement suspect: http://www.metrodemontreal.com/faq/security-f.html#suicide
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